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Concert-bénéfice - Mai 2003
Oeuvres de Palestrina et Janequin

Le mercredi 14 mai à 20h00
Église Saint-Marc, 2604, rue Beaubien Est, Montréal.

Programme de concert

Première partie

Giovanni Pierluigi da Palestrina ( 1525 env. -1594 )

  • Missa Papae Marcelli  messe à six voix
    • Kyrie
    • Gloria
    • Credo
    • Sanctus
    • Benedictus
    • Agnus dei
  • Stabat Mater dolorosa  motet à huit voix

Deuxième partie

Clément Janequin ( 1485 env. -1558 )

  • Le chant des oyseaux
  • Il s'en va tard
  • Puisque mon cueur
  • Bel aubépin verdissant
  • Doulens regretz, ennuys, souspirs
  • La guerre
  • Rions, chantons, passons temps
  • Les cris de Paris


NOTES DE PROGRAMME

PALESTRINA – JANEQUIN : Le contraste entre la sobriété sereine du sacré et le pittoresque coloré de la culture populaire

La musique de la Renaissance (1450-1600) présente un riche panorama de création, dans une grande variété de genres, partagé entre synthèse et expérimentations. Les deux compositeurs en vedette aujourd'hui représentent bien, à leur manière, cette situation. D'une part, Palestrina qui, par l'épuration des techniques d'écriture, réussissait à donner aux textes liturgiques leur force d'inspiration. D'autre part, Janequin qui conjuguait l'originalité des effets recherchés à un attachement profond à la culture populaire.

L'oeuvre de Giovanni Pierluigi (v. 1525-1594), appelé Palestrina d'après le nom de sa ville natale, est presque exclusivement religieuse et pourtant si abondante. On y trouve plus d'une centaine de messes, plus de 300 motets, 70 pièces polychorales, 66 offertoires, 52 hymnes, 35 magnificat sans compter madrigaux, psaumes, cantiques et lamentations. Peu d'experts peuvent prétendre bien connaître l'oeuvre d'un des compositeurs les plus prolifiques de tous les temps; une mince partie de sa production a été endisquée et il reste aux musicologues beaucoup de travail pour corriger certaines distorsions encore tenaces qui nuisent à sa juste valeur.

Bien qu'il occupa divers postes dans quelques églises de la Ville éternelle, c'est à Saint-Pierre de Rome qu'il composa l'essentiel de son oeuvre. Il fit la synthèse de toute la science du contrepoint héritée de ses prédécesseurs (notamment Josquin Des Prez), « englobant la totalité des techniques de l'écriture polyphone (et constituant ainsi) le somptueux aboutissement d'une riche tradition polyphonique vocale » (M-C Beltrando-Patier).

Comme la plupart des compositeurs du 16e siècle, Palestrina respectait scrupuleusement la prosodie appropriée aux textes qu'il mettait en musique. Il planifiait avec une égale importance chaque voix à l'intérieur de ses textures polyphoniques dans des registres confortables, afin que les accents de la langue et du discours musical coïncident avec aisance, chaleur et naturel. Qualités qu'admiraient Bach aussi bien que Debussy.
 
Ses messes recouvrent tous les styles de composition. Cependant la Missa Papae Marcelli, publiée en 1567, se distingue des autres oeuvres de la même période par sa remarquable dignité, la nature modale de l'harmonie et son style austère. Elle adhère tout à fait aux réformes voulues par le Pape Marcel II : simplicité, clarté et intelligibilité des mots, d'où un usage inhabituel du nombre de déclamations homophoniques, en particulier dans les mouvements les plus longs soit le Gloria et le Credo.

Pendant que les débats avaient lieu lors du Concile de Trente (1545-1563), le pape Marcel II, dont le pontificat n'aura duré que trois semaines, convoqua les chantres de la Chapelle Sixtine – dont Palestrina - pour leur faire part d'une exigence lors des célébrations de la Semaine Sainte. Cette exigence allait être officiellement formulée par le huitième canon de la 22e session du Concile le 10 septembre 1562, à savoir : la suppression d'éléments profanes dans la musique religieuse et l'intelligibilité des textes liturgiques devant être chantés par les congrégations. C'est donc en souvenir de cet homme que Palestrina composa cette messe à 6 voix qui comprend deux pupitres de tenors et deux de basses. Compte tenu de ce décret, cette messe appartient à la catégorie dite « libre » (entendre par là, une oeuvre tout à fait nouvelle, libre de tout emprunt de thèmes ou références précédents).

Le Kyrie est en trois segments dont le premier et troisième procèdent par entrées en imitation. Celui-ci, d'une allure plus exubérante, nous prépare au climat du Gloria, très allant et extraverti, qui comporte deux sections homophoniques assurant une clarté à la diction. Le Credo, plus calme, est en quatre sections homophoniques tout aussi limpides. La troisième partie « Crucifixus », avec son tempo plus lourd, contraste par ses harmonies à 4 voix. Le Amen final est une véritable apothéose qui rompt singulièrement avec le climat jusqu'alors d'une allure plus retenue.

Le Sanctus, un peu plus aéré rythmiquement, est suivi d'un Hosanna - mouvement très court de 21 mesures - empreint d'une noble simplicité. Vient ensuite le Benedictus, à nouveau à 4 voix (soprano, alto et deux tenors). Il est intéressant de suivre les jeux d'imitation qui jalonnent toute cette section.  Après une reprise identique du Hosanna, l'oeuvre se termine par deux Agnus Dei. Le dernier, cette fois-ci à 7 voix (2 sopranos, 2 altos, 1 tenor et 2 basses), apporte une conclusion d'une plénitude sonore exemplaire.

Composé vers 1590 pour deux choeurs à 4 voix (soprano, alto, ténor et basse), le Stabat Mater dolorosa appartient à la dernière période où l'apparente simplicité, amplifiée par les avatars des éditions modernes qui masquent la délicatesse des subtilités rythmiques, crée une atmosphère de dévotion mystique, plus grave mais pourtant frappante par sa sérénité. Elle est devenue l'une des oeuvres favorites du répertoire de la chapelle privée des papes. Même le célèbre compositeur Richard Wagner l'adapta en 1848 pour grand choeur.

Cette oeuvre polychorale, essentiellement homophone et encore plus attachée à la clarté du texte que la messe que l'on vient d'entendre, se divise en deux parties. Rares sont les sections où toutes les voix chantent en même temps. Dans la première partie, un choeur entier répond  à l'autre tandis qu'à mi-chemin de la deuxième partie, Palestrina diversifie la texture sonore en employant seulement deux pupitres d'un choeur avec deux de l'autre.

Malgré l'impression de dureté produite par l'absence d'effusion dans la musique, toute l'attention doit être portée sur l'émotion contenue dans le texte. C'est donc la survivance de l'état d'esprit du grégorien qui prédomine, enveloppée cependant de l'esthétique la plus épurée de la polyphonie de la Renaissance.

Clément Janequin (v.1485-1558), est d'environ 30 ans l'aîné de Palestrina. Il composa plus de 250 chansons de 3 à 5 voix pourvues tantôt d'une fraîcheur remarquable, tantôt d'un caractère descriptif saisissant, souvent d'une poésie raffinée. On associe immédiatement Janequin  à son compatriote Claudin de Sermisy, tous deux reconnus pour le développement d'un nouveau genre musical, caractérisé par une élégante simplicité et un esprit rationnel, appelé « chanson parisienne » qui prévalut entre 1530 et 1540. Mais chez Janequin toutefois, c'est surtout sa période dans la région de la Loire (Angers plus précisément) qui aurait été la plus féconde.  L'originalité des pièces qui l'ont rendu si célèbre hors des frontières de France tient à une imagination fertile, une acuité d'observation, et parfois de longs développements, caractéristiques qui lui confèrent une place particulière parmi les compositeurs de son époque. Autant l'écriture musicale est savante, autant le résultat transgresse les classes sociales pour devenir un constituant de la culture populaire.
Les chansons descriptives ou imitatives(le Chant des oyseaux, la Guerre, les Cris de Paris)  font étalage d'une virtuosité dans l'emploi d'onomatopées et de jeux verbaux très variés où les syllabes se doivent de créer de véritables effets sonores et cela à un rythme enlevant et soutenu. Ce sont les pièces qui ont le plus contribué à la célébrité du compositeur.

Le Chant des oyseaux est un véritable catalogue de vocables ornithologiques. Aux endroits où les chants d'oiseaux apparaissent, le déroulement harmonique ralentit et le contrepoint se simplifie. La suite d'accords progresse lentement et fournit alors un cadre souple à une riche cacophonie de cris animaliers brillamment élaborée qui constitue le point fort de cette pièce fort divertissante.

La Guerre, harmoniquement statique, imite les effets de fanfares de trompettes, d'appels aux armes, des cris de bataille, des feux de canons, et autres bruits de combat. On croit qu'elle fut écrite pour commémorer la victoire de François 1er à la bataille de Marignan (1515). Elle est devenue l'une des pièces les plus connues de son siècle au point d'être copiée par plusieurs compositeurs et arrangée pour clavier, luth et diverses combinaisons instrumentales.

Les Cris de Paris nous plongent de plein fouet dans l'ambiance des marchés publics avec une « exactitude documentaire digne d'un magnétophone » (J-C Margolin). Il s'agit d'une fresque pittoresque aussi bariolée que les étalages, fruits, légumes et personnages évoqués puisque les quatre voix chantent parfois des textes tous différents les uns des autres simultanément.

Quant aux cinq autres chansons au programme, nous avons voulu offrir un contraste stylistique par rapport aux précédentes et présenter l'aspect plus poétique, parfois méconnu de l'oeuvre de Janequin, production trop souvent négligée au profit des chansons à connotations érotiques. Quelques-unes d'entre elles ne figurent pas encore sur disque.

Il s'en va tard, entièrement homophonique, raconte le tourment de l'amoureux prêt à braver foudre et tempête pour revoir sa dame sans délai. Cette pièce nous rappelle l'amour chevaleresque surtout quand « ny pluye ny vent ne m'arreste, trop plus violente est ma flamme ».
Puisque mon cueur révèle le caractère amoureux dans toute la légèreté que procure la confiance et l'optimisme d'être l'élu à qui l'on promet «de le tres bien traicter».

Bel aubépin verdissant, sur un texte du célèbre poète Ronsard, est de facture très classique. A travers cette gracieuse chanson, on sent la vivacité de la nature, toute la vie qui grouille autour d'un arbre où vient loger « le gentil rossignolet nouvelet avecque sa bien aimée ».

Doulens, regretz, ennuys, souspirs fut sans doute écrit comme exutoire aux nombreux soucis pécuniaires et déceptions que le compositeur a connus tout au long de sa vie. Bien que chanté calmement, on ressent la supplication afin d'être délivré « de l'oppression  un peu avant qu'en approche la mort ».

Rions, chantons, passons temps est très allant, enthousiaste. Malgré sa brièveté, on célèbre gaiement la joie de vivre en bonne compagnie, le tout accompagné « d'excellent vin rouge, blanc et clairet ».

Guy Sauvé
Mars 2003

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